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N°392 Juillet-Août 2008


 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

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Du nouveau  côté diagnostic et antibiothérapie

Les vétérinaires disposent de nouveaux outils, pour mieux diagnostiquer la cause d'un avortement ; lutter contre certaines infections en une seule injection ; identifier rapidement les germes responsables d'une mammite ou d'une diarrhée… L'avis et les explications du Dr Jean-Marc Héliez.


PLMSelon vous, quels sont les progrès marquants en médecine vétérinaire aujourd'hui ?
Dr Jean-Marc Héliez. On assiste à une mini-révolution des techniques de diagnostic, grâce aux applications de la PCR , dans la panoplie des outils de génie génétique.. Or, on le sait, dans le cas d'avortements isolés, si l'on prend cet exemple, il est difficile de mettre en évidence certains germes (les agents de la fièvre Q et de la néosporose sont difficiles à « cultiver » par les méthodes d'analyses classiques), de plus un résultat en sérologie sur la prise de sang (mise en évidence des anticorps témoins) qu'il soit positif ou négatif est souvent insuffisant pour conclure. Avec l'aide de la PCR, il devient possible de réaliser une mise en évidence directe et rapide de l'agent pathogène, et ce avec une meilleure sensibilité et spécificité. A partir du sang, du lait, du mucus vaginal ou des fèces, on dispose désormais d'un outil d'analyse plus précis, pour détecter la présence de tel virus ou telle bactérie. Les applications sont aujourd'hui déjà nombreuses (BVD, paratuberculose, néosporose, fièvre Q…) et laissent augurer de bonnes perspectives diagnostiques.

Du nouveau dans les traitements ?
Oui, l'antibiothérapie connaît une évolution notable. Le grand principe « agir vite, fort et longtemps » reste toujours valable. Mais aujourd'hui, dans certains cas précis, on sait qu'on peut agir seulement « vite et fort. » Autrement dit : une seule injection d'antibiotique à bonne concentration, même s'il n'agit pas longtemps, peut suffire à maîtriser l'infection. Attention cette technique ne fonctionne qu'avec certains antibiotiques et avec certains germes. En parallèle, nous disposons de plus en plus de molécules efficaces (antibiotiques, anti-inflammatoires, anti-parasitaires…) sous formes « longues actions ». Dans les deux cas on « pique » moins.

Les médicaments génériques qu'en pensez-vous ?
C'est une façon d'optimiser les coûts de traitement. Pour l'instant, il n'y en a pas beaucoup, mais le nombre va augmenter. Si les éleveurs sont demandeurs, on en prescrira.

Homéopathie, phytothérapie et ostéopathie… Faites-vous appel à ces « médecines alternatives » ?
Il m'arrive de prescrire des médicaments homéopathiques, dans des cas de troubles de la minéralisation, de la reproduction, de verrues, voire de mammites, mais je ne fais pas d'homéopathie au sens vrai du terme. Nous avons également à disposition des complexes de plantes à visée phytothérapique, pour, par exemple, la régulation des fonctions digestives et hépatorénales. Je n'hésite pas à faire appel à un confrère ostéopathe, sur des chevaux et des bovins, quand il s'agit de manipuler une zone articulaire ou musculaire, déplacée, tendue et douloureuse.

Voyez-vous de nouvelles maladies sur votre secteur ? Nous ne sommes pas dans un secteur à forte densité pathologique de part la technicité des éleveurs et la faible densité des élevages, urbanisation oblige. Je n'ai pas pour le moment fait le diagnostic de maladies émergentes telle que l' erhlichiose  et la maladie de lyme, par exemple. Par contre des maladies telles que la fièvre Q et la néosporose, connues mais qui étaient sans doute sous diagnostiquées, sont de plus en plus présentes. Mais, pour l'essentiel, nous retrouvons toutes les pathologies classiques en cette saison hivernale : diarrhées des veaux, maladies respiratoires sur les jeunes bovins, mammites, grippes intestinales sur les vaches laitières… Avec la mise à l'herbe, les problèmes diminueront.

Il y a aussi la chirurgie… Quelles opérations pratiquez-vous sur bovins ? Premier domaine d'intervention, les opérations digestives rendues nécessaires par les troubles de la caillette, voire du cæcum . Plus généralement, la laparotomie exploratrice , pour voir ce qui se passe à l'intérieur, est régulièrement pratiquée. Vient en second, l'obstétrique : césarienne, suture vaginale… Ensuite, de la chirurgie cutanée (plaies), avec notamment la délicate suture de trayons abîmés. Nous réalisons moins de chirurgie sur les jeunes veaux qu'en zone allaitante (valeur du veau). Nous pratiquons également, pour le compte de l'INRA, des pauses de canules ruminales et duodénales sur des vaches laitières sous anesthésie générale, dans le cadre de leurs expérimentations. De même, nous intervenons en chirurgie vasculaire, pour la pose de sondes artérielles et veineuses.

Vous faites du suivi de reproduction ?
Oui comme tous les vétérinaires ruraux. La base de ce suivi de reproduction, c'est le diagnostic précoce de gestation, vers 30 à 35 jours de gestation, et le contrôle de l'involution utérine avec le dépistage précoce des métrites (3 à 5 semaines après vêlage.). On peut y inclure, le contrôle des vaches non vues en chaleur à 60 jours (palper ovarien et fouille vaginale), ainsi que le contrôle des vaches à 3 IA et plus. Quand il y a un gros problème « repro », l'idéal c'est de commencer par un audit. L'audit consiste en un bilan rétrospectif, à partir des données de l'élevage. (Ndlr : lire le dossier « Audit du troupeau », paru dans PLM de septembre 2005). Il nous faut au moins les données d'une saison de vêlage et il nous faut un éleveur qui note tout. Cet audit nous aide à mieux cerner la situation, et donc à lister les facteurs de risque que nous ciblerons lors de la visite. Ce tour de l'élevage est incontournable, pour faire le point. Sur ce même principe, les vétérinaires peuvent réaliser des bilans mammites, associant examen préalable des données de l'élevage, puis visite sur place dans l'étable et pendant la traite.

Comment votre métier de vétérinaire rural va t-il évoluer ?
D'abord maintenir nos compétences et notre disponibilité dans le rôle du véto pompier. Il s'agit aussi de persévérer dans le domaine du conseil, en par ticulier en ce qui concerne la maîtrise du risque sanitaire, mais aussi la reproduction et la qualité du lait. Nous irons vers plus de conseils par la formation, en petits groupes d'éleveurs réunis autour d'un thème de discussion. Ensuite, développer des prestations annexes au sein des cabinets, en proposant une activité laboratoire de base (sur des cas de mammites ou de diarrhées du veau, par exemple, ainsi qu'en parasitologie), à l'aide de kits de diagnostic rapide. Nous verrons se développer l'opération Hermine, pour ce qui concerne notre région, la Bretagne, en faveur de la collecte des déchets de soins. De façon plus générale la démarche qualité, surtout en ce qui concerne la gestion du médicament (stockage, prescription, délivrance…) s'imposera. Enfin, nous investirons dans le suivi informatisé des données sanitaires des élevages, via le logiciel Vet'Elevage, produit par les GTV bretons.

Propos recueillis par Marc Juan


Caecum. C'est la première partie de l'intestin. Le cæcum est comme un sac lisse, dans le cas du bovin.

Ehrlichiose bovine. L'ehrlichiose granulocytaire bovine à Anaplasma phagocytophilum est une maladie émergente, infectieuse, inoculable (tique), non contagieuse évoluant sous forme aiguë ou inapparente… On appelle également cette maladie la cowdriose. Il existe d'autres maladies transmissibles par les tiques : maladie de lyme, piroplasmose (également appelée babesiose). A chaque fois, il ne s'agit pas des mêmes bactéries, ni des mêmes symptômes. Parlez-en à votre vétérinaire.

Laparotomie exploratrice. Intervention chirurgicale qui consiste à ouvrir l'abdomen, pour un objectif diagnostique.

Maladie émergente. Il s'agit de maladies qui ont été récemment découvertes, ou dont l'incidence et/ou la répartition géographique se sont brusquement accrues, ou qui ont atteint de nouvelles populations-hôtes.

Obstétrique.  L'obstétrique est une spécialité chirurgicale. Mais aussi un ensemble de techniques médicales, pour veiller à la bonne santé de la vache et de son (futur) veau.

PCR. En anglais, Polymerase Chain Reaction. Procédé d'amplification au laboratoire d'une séquence définie d'ADN... Autrement dit : à partir d'un minuscule fragment, on peut augmenter la quantité de ce matériel génétique. Les applications sont multiples, notamment pour les diagnostics médicaux. L'application de la PCR peut permettre de répérer directement et plus facilement la présence de telle ou telle bactérie. Pour le vétérinaire, c'est un plus, pour le diagnostic de cas d'avortements isolés, par exemple.

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