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N°392 Juillet-Août 2008


 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

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En direct du Gaec de Rochebelle, Haute-Loire

La ration, la génétique et le travail d’équipe

Malgré un bâtiment très spartiate, le troupeau du Gaec de Rochebelle est en train de monter en puissance, grâce à un bon management et à une bonne équipe : l’éleveur, l’inséminateur et le contrôleur laitier.

Lorsque la mélangeuse automotrice arrive au Gaec de Rochebelle, elle est déjà chargée en maïs. Du maïs désilé chez le voisin. « Pourquoi prendre le risque d’ouvrir deux silos en même temps ? » Ainsi, Michel Hugon et son voisin ont-ils eu la bonne idée de mettre leurs stocks en commun. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont fait construire un énorme silo, là, au milieu des deux fermes. Non, chacun a gardé le sien. Mais, cela veut dire que le silo du voisin alimente les deux troupeaux, avant de passer le relais au silo du Gaec de Rochebelle.
Cette anecdote ferait un bon début d’article pour parler de mélangeuses en Cuma. Mais, l’idée n’est pas là. Le thème de ce reportage, c’est la « longévité », dernière étape d’un dossier commencé le mois dernier. « Pour dire vrai, on avait des soucis de ce côté-là » reconnaît Michel Hugon, associé avec deux frères, et lui-même en charge de l’atelier lait : 85 vaches montbéliardes. Le troupeau est inscrit à l’Upra, avec de bons papiers. Mais, les résultats n’étaient pas à la hauteur du potentiel…
Ce n’était pas la catastrophe non plus, loin de là. Mais, le Gaec affiche de bonnes ambitions, tant au niveau de la production que de la sélection. « Alors, nous ne pouvions pas en rester là. » Et quand on dit « nous », c’est Michel Hugon qui parle, mais c’est aussi Laurent Mansot, l’inséminateur (Codélia 43) et Sébastien Brignon, le contrôleur laitier (OCL 43). Un trio sympathique. Une parfaite équipe. Ce qui n’exclut pas quelques débats animés, là, dans le bureau transformé en QG des férus d’élevage, où l’on parle aussi bien de généalogies que d’échographies, de transplantation embryonnaire que de transition alimentaire, de choix de taureaux que d’UF et de PDI…

Plus d’UF et moins de PDI

Ces discussions sont fécondes. C’est comme ça que le trio a recalé la ration. « On s’est réorienté sur l’énergie ». Changements apportés depuis décembre. « Depuis, on a quasiment gagné un point de TP ». L’idée a été d’inverser la tendance : réduire la concentration en protéines, à raison de 105 – 110 g de PDI/kg de MS (au lieu de 115 – 120) ; au contraire, remonter les UF à hauteur de 0,95 – 0,96. Dans les faits, c’est de la céréale qui a été ajoutée, sur les conseils de Sébastien Brignon, : pour monter à 6 kg de blé. « On a gagné des taux, du lait, de l’état… Et peut-être aussi moins de boiteries. »
Pour le reste des ingrédients, on retrouve dans le bol : des ensilages de maïs et d’herbe, du foin, de la paille, des céréales, des tourteaux de soja et de colza, plus un concentré « tanné ou semi-tanné ». « On rajoute du propylène glycol, par cures de 8 à 10 jours ». Ainsi, le Gaec de Rochebelle travaille en ration mélangée, depuis trois ans, sur la base d’une moyenne de production de 7 800 kg de lait (moyenne BTTL) à 39,9 et 32,7. « Mais, cette année, on va vers les 34 de TP et 8 400 kg de lait ». Car les objectifs du Gaec sont bien là : « le plus de lait possible, dans de bonnes mamelles et sur de bonnes pattes ». Mais, aussi, comme on le verra par la suite, « une accélération du progrès génétique… ».
En attendant, le facteur limitant reste le bâtiment : « Si c’était à refaire, on partirait sur une aire paillée ». Il faut dire que l’étable a 20 ans et les logettes aussi. Avec 64 places, pour 85 laitières. Peu de translucides au plafond et une ventilation limite. Est-ce à dire que l’étable est à bout de souffle ? Pas si sûr. Quelques aménagements et compromis ont permis d’améliorer les choses. « La fréquentation est bien meilleure », depuis que les logettes ont été bétonnées, puis agrémentées de tapis caoutchouc, sans oublier un peu de paille mais pas trop (pompe hacheuse oblige). Si l’on ajoute la venue du pareur deux fois par an. Plus, un box de repos « au cas où »… Cela passe, sans trop de casse. Seules les taries vivent une transition difficile, puisqu’elles sont sorties de l’étable à logettes, faute de place, pour rejoindre une aire paillée, avant de revenir sur les bétons une semaine après vêlage.

Beaucoup de lait et de diversité génétique

Dans cette énumération des « points faibles et points forts », c’est le moment de parler de la génétique. Et lorsque Michel Hugon ouvre son classeur avec toutes les généalogies soigneusement répertoriées, on comprend que c’est du sérieux. Rien n’est laissé au hasard. Tous les accouplements sont discutés et raisonnés. Aussi bien Laurent Mansot (l’inséminateur), que Sébastien Brignon (le contrôleur laitier) donnent leur point de vue, avec le double regard, celui du « conseiller » et celui du « passionné ». Leur stratégie génétique se résume ainsi :
– beaucoup de lait, en s’appuyant sur l’ISU afin d’intégrer les fonctionnels ;
– pas de concession, ni sur la qualité des mamelles, ni sur celle des membres ;
– le maximum de taureaux, jusqu’à 25 ou 30 utilisés tous ans (pour une centaine d’IA), dont une forte proportion de testage (25 à 30 %) ;
– une prise en compte des fonctionnels, lorsque la vache présente un point négatif, afin d’éviter de cumuler les défauts ;
– toutes les génisses élevées, puis triées. L’élevage renouvelle fort, en vendant des « vaches en lait » ;
– introduction de nouvelles souches, en visant le haut de gamme et en mutualisant les investissements.
Le Gaec et trois autres élevages ont ainsi créé le Gie Aventure. Huit animaux de haute génétique ont déjà été acquis en commun, dont une fille par Linkage de Ninette célèbre vache en race montbéliarde pour ses 171 points d’Isu.
On ne peut pas conclure ce chapitre sans parler de Nichonne (Canari x Trapèze), née sur l’élevage en 1997, solide en morphologie et costaude en production. Avec quatre lactations à plus de 10 000 kg (en 305 jours). Avec un index lait de 1 109 et un Isu de 129 un peu pénalisé par l’index TP (-1,1). Et, donc avec un parfait profil pour travailler les montages génétiques. Nichonne a déjà donné 7 petites-filles nées de transplantation embryonnaire par Mohair (+ 2 en TP) x Induvi. Puis, Nichonne a été collectée avec Ova…

Suivi de repro par échographie

Les vêlages sont attendus avec impatience. Des vêlages étalés, mais avec un pic de la mi-août à la mi-septembre. L’intervalle vêlage-vêlage est, ici, de 396 jours, à comparer à la moyenne de Haute-Loire (394 jours) et à celles des cheptels montbéliards du département (385 jours). A cette différence que les vaches Gaec de Rochebelle produisent 2 000 kg de lait en plus : « avec des primipares qui démarrent à 26,9 kg et des multipares à 32,7 kg ». Et avec 64 % de réussite en IAP…
Sur la zone du Cia Codelia, l’inséminateur assure le service au rythme de deux tournées quotidiennes, 7 jour sur 7, à l’exception du dimanche après midi. Au passage, on rappelle que « c’est l’état corporel qui décide de l’IA et non pas la date de vêlage. Il faut que la vache soit en reprise de poids. » Puis, au Gaec de Rochebelle, toutes les vaches sont échographiées à 35 jours (suivi de repro assuré par Laurent Mansot).
On peut préciser aussi que Michel Hugon, l’éleveur, utilise le programme Bovitel de l’EDE, pour noter entre autres les chaleurs et les vêlages. Ce Bovitel est un programme de déclaration d’identification amélioré, puisqu’il permet de faire de la prévision d’événements (chaleurs, dates de vêlages et de tarissement…). Le programme permet également de noter tous les traitements vétérinaires réalisés, par souci de traçabilité. A ce propos, toutes les vaches ont été vaccinées il y a deux ans contre le BVD. Mais, l’éleveur reste sur ses gardes, face à d’éventuels IPI.
Pédiluve et pistolet moussant
Du côté de la qualité du lait, pas de souci. La salle de traite vaut le détour quand même, pour voir l’installation en mono-quai. Pour voir aussi le pédiluve moussant à l’entrée. Et, pour photographier ce « pistolet moussant » qui remplace le traditionnel gobelet. Michel Hugon trouve ce pistolet bien plus pratique et sécurisant, pour approcher le trayon en gardant la main à l’abri d’un coup de pied.
Au sortir de la salle de traite, un petit tour du côté des génisses s’impose. Elles sont nourries au Dal et nourries avec un aliment complet du commerce en bouchons (Ruminavo). Après 4 mois, la ration devient foin à volonté, plus céréale et plus tourteau… Et, c’est ainsi que petites génisses deviendront grandes, sous l’œil de l’éleveur, de l’inséminateur et du contrôleur laitier. Franchement là, une bonne équipe, pleine de complicité.

Carte de visite

Gaec de Rochebelle, à Mazeyrat d’Allier (Haute-Loire)

- Trois associés : Michel, Jean-Pierre et Jean-Louis Hugon
- 410 000 litres de quota
- 85 vaches montbéliardes
- 80 génisses
- 160 ha

 

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