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N°392 Juillet-Août 2008


 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

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Un livre à ne pas rater
Les vaches parlent le langage des signes

Il arrive en France, et en français, le livre « Signes de Vaches », du zootechnicien néerlandais Jan Hulsen est disponible dès aujourd’hui dans la bibliothèque PLM. Voici les clés pour être à l’écoute de son troupeau, avec la collaboration du centre d’élevage de Poisy.

« Apprenez à observer vos vaches au quotidien ». Telle est l’idée de l’ouvrage « Signes de vaches » fort bien illustré qui nous vient des Pays-Bas et tel est l’idée de ce reportage. En effet, à tout moment de la journée, les vaches émettent des signes donnant une foule de renseignements sur leur santé, leur bien-être, leur ration… Il s’agit, pour l’éleveur, de capter ces signes et de savoir les interpréter.
Le Dr vétérinaire Thierry Hetreau du Centre d’Elevage de Poisy (Haute-Savoie) a participé à la rédaction française de ce livre écrit par son confrère néerlandais Jan Hulsen. Au fil d’une journée à Poisy, Thierry Hetreau nous apporte son témoignage sur l’observation du troupeau : « comment profiter de chaque instant de la journée, pour capter les signes de nos vaches ? » Voilà des pistes et un avant-goût de l’ouvrage « Signes de vaches » (en vente p.135)

05 h 45, sur la ferme école de Poisy. L’heure d’aller chercher les vaches, moment privilégié pour jeter un premier coup d’œil, en toute discrétion. « Les vaches sont-elles regroupées, dispersées ? C’est parfois comme ça que l’on découvre un défaut de ventilation », fait observer Thierry Hetreau, avant de jeter un coup d’œil à l’auge et de remarquer ces deux vaches qui se tiennent l’une à côté de l’autre, en signe de chaleurs… Mais, déjà quelques bêtes ont repéré notre présence. Il est l’heure de les appeler. L’heure de la traite.
Le troupeau compte 70 vaches en production, plus une dizaine de taries. Elles défilent devant nous, des montbéliardes, des abondances et des holsteins. L’observateur averti sait se placer du bon côté – « côté gauche » – pour observer si les flancs sont creux ou rebondis. On en profite pour surveiller les boiteries. Non seulement les vaches qui boitillent, mais aussi celles qui se déplacent avec hésitation, le dos courbé ou bien le pas mal assuré comme si elles marchaient sur des œufs. La ligne de dos est un bon indicateur aussi, pour savoir si la vache est à l’aise dans ses sabots. Bon pied, bon œil. Par contre, si le poil est hérissé, ce n’est pas un signe de parfaite santé.
Mais, parfois, il est des choses vues qui laissent perplexes. « Tiens, c’est bizarre. Pourquoi les vaches sont comme ça ? » Jan Hulsen, l’auteur du livre « Signes de vaches », appelle cela un « quoi », pour désigner pareil comportement que l’on ne s’explique pas. N’avez-vous jamais vu vos vaches regroupées sur un même côté de l’étable ? Sans trouver de raisons valables : ni écart de température, ni défaut de ventilation, ni souci d’alimentation… C’est un « quoi », en attendant peut-être un jour de trouver « le pourquoi ». Car, de telles observations ne sont pas dénuées d’intérêt. « Il ne faut pas se contenter d'observer ce que l’on sait interpréter » souligne Thierry Hetreau. Gardez ce « quoi » dans un coin de votre mémoire et parlez-en autour de vous. Un jour ou l’autre, vous trouvez peut-être le pourquoi du comment.

« Ce matin-là, les vaches avaient les flancs creusés. Pour sûr, il était temps de changer de parcelle. Et, pourtant, il restait une bonne hauteur d’herbe. Perplexe, j’en ai parlé à mes collègues et c’est alors que j’ai compris. Ils avaient épandu du compost récemment. L’herbe n’était pas aussi appétente que d’habitude. »

06 h 05. Début de la traite, dans une 2 x 4 tandem avec décrochage et ouverture des portes automatiques. Dans une tandem, les vaches sont faciles à observer. Thierry Hetreau montre les mamelles : « si 10 % des vaches arrivent avec des trayons très sales, il faut certainement revoir le paillage ou le raclage. » L’explication peut venir d’un caoutchouc de rabot bon à changer ou d’un stagiaire qui ne fait pas comme d’habitude…
Le bon trayeur saura repérer un trayon congestionné. Concrètement, « l'apparition de petits points rouges sur deux ou trois trayons de deux ou trois vaches, témoigne d'une hausse du vide. » Le régulateur n’est-il pas encrassé ? Les manchons bons à changer ? Ces signes se manifestent d’abord sur les vaches les plus sensibles, celles que Jan Hulsen appelle dans son livre « les vaches sentinelles ». Si on ne fait pas attention ou pour peu que la salle de traite manque de luminosité, on peut passer à côté de tels dérèglements.
Sur le quai, les pieds se dévoilent aussi comme un livre ouvert. Il y a les pieds enflés ; les pieds marqués par des accidents de croissance… Et, les pieds qui piétinent. La souffrance vient-elle d’un onglon malade, d'une traite douloureuse ou bien d’une Terre mal ficelée ? A vous de remonter la piste. Enfin, tirez parti de cette bouse intempestive, tombée là au milieu du quai. Un coup de jet permet de l’écarter et de juger de sa structure.
Dans la nursery, les veaux sont vifs. Ils nous attendent, debout, curieux de tout. Mais, parfois, vous remarquerez un petit veau qui tourne le dos et regarde le fond de sa niche. Celui-là est à surveiller de près. C’est peut-être le signe annonciateur d'un pépin, peut-être pas. L’ouvrage « Signes de vaches » donne une autre astuce : si vous voyez le veau dilater légèrement ses naseaux, pour mieux respirer, comme un veau nouveau-né, il y a de fortes chances de conclure à un défaut de ventilation.
Devant une autre niche, c'est une mauvaise odeur qui donne l'alerte, signe d'une mauvaise digestion, d’une diarrhée débutante que l'on n'a pas vu. Il n'y a pas que l'oeil de l'éleveur qui compte. Pour faire ce métier, il faut du nez. « Avez-vous déjà repéré une métrite uniquement pas son odeur désagréable ? »

Je regarde si les vaches ruminent dans le parc d’attente. Si elles ruminent, c’est bon signe.


Après sevrage, les génisses de Poisy passent en logettes. Elles aussi ont la forme. Mais cela n’a pas toujours été le cas. « Longtemps, les génisses nous montraient un poil ébouriffé. Quelque chose n’allait pas. On le sentait… ». C’est à la lecture du livre « Signes de vaches », que l’idée est venue de tapisser les logettes de sciure, en guise d’isolation. Fini le béton nu. Du jour où elles ont dormi sur la sciure, les génisses ont changé d’allure. « Deux fois par semaine, on en met un bon paquet à l’avant. »
Pendant ce temps, les vaches se bloquent au cornadis. On a déroulé un peu de foin. Une fois que la traite est finie, on distribue minéraux et les concentrés de production. C’est le moment de passer derrière les vaches et de les regarder une à une, mais aussi en essayant de se faire une idée d’ensemble. A l’heure où les vaches sont bloquées au cornadis, voici ce que l’on peut observer :
–Le nombre de vaches sales ou très sales. A comparer, d'une semaine à l'autre. On regarde l’état des cuisses, de la base de la queue. C'est là que l’on peut détecter un paillage déficient ou déceler des traces de diarrhée ;
–L'allure des bouses, au pied des vaches. Comme elles sont bloquées, on sait qui a fait quoi. Si la bouse est liquide, mais que la queue reste propre, cela va. En revanche, si la bouse est liquide et la queue souillée, quelque chose ne va pas. Il y a aussi cette bouse un peu collante. Entre autres hypothèses : « Peut-être le signe d'un excès d'amidon ? »
– L'état d'engraissement. Le développement de la panse… Thierry Hetreau nous montre deux vaches côte à côte : « regardez, l'une à la panse bien développée, l'autre ne laisse rien dépasser. Pas de ventre, ni a droite, ni a gauche, et pourtant sa lactation est déjà bien avancée. C'est le signe d'un manque d'appétit » ;
–Des traces de chaleurs, de métrites…
–Des blessures, à hauteur du jarret, notamment en cas de logettes mal réglées. Pas de risque, au centre d’élevage de Poisy, puisque les vaches adultes sont sur aire paillée.

Il est 8 heures du matin. A cette heure, les cornadis sont déverrouillés. Selon la saison, les vaches vont se coucher dans l'aire paillée ou bien elles vont au pré, pour un pâturage exclusif, de mai à septembre :
–en été : les vaches de Poisy sont complémentées avec du foin, des minéraux et des concentrés, matin et soir, servis à l'auge ;
– en hiver, la ration est distribuée une fois, par jour, le soir. Il s’agit d’une ration semi-complète préparée dans une mélangeuse à bol et vis verticale. Le complément est servi au Dac.
Avant de refermer cette parenthèse, Thierry Hetreau nous apprend que l’ensilage de maïs a été abandonné depuis l’hiver dernier, « au profit d’une ration mixte foin et ensilage d’épis de maïs (la plante est coupée à une hauteur comprise entre 1,20 m et 1,40 m). » Depuis, ce changement, on est passé de « 50 à 75 % de vaches qui ruminent ».
A ce propos, une bête qui rumine, là, debout, dans un couloir de l'étable, ce n’est pas bien normal. « Peut être que le couché est inconfortable ? Ou bien les génisses manquent de place ? »
Par contre, il est une observation que Thierry Hetreau ne s’explique pas : « Cette mousse, au coin de la bouche… Je l'observe parfois, quand elles mangent ou quand elles ruminent. De quoi s'agit-il ? Je ne le sais pas. » Nous sommes là en présence de l’un de ces fameux « quoi » tels que Jan Hulsen en parle dans son livre. Mais peut-être que des lecteurs de PLM sauront expliquer le pourquoi de « cette mousse, au coin de la bouche »

« De loin, j’ai vu ces quatre vaches debout là, devant l’abreuvoir, le nez en l’air… Bizarre. Alors, je me suis approché quand même, pour voir. C’est alors que je me suis rendu compte que l’eau avait été coupée. Le bac était vide. Les vaches attendaient. »

11 h 30. Thierry Hetrau ou l'un de ses collègues tache de revenir en fin de matinée ou en début d'après midi. « On ne repousse pas la ration avant d’avoir pris le temps d’observer le troupeau. » Voici une liste non exhaustive, d’observations qu’il est possible de faire quand le troupeau est à l’étable (phase hivernale) :
– des bousculades, autour des abreuvoirs. C’est peut-être le signe d’un manque de points d’eau. De telles bousculades seront encore plus évidentes le matin, après ouverture des cornadis ;
– des bêtes réfugiées dans les coins de l'étable, comme pour s'isoler et se mettre à l’abri. Cela peut être le cas de génisses brimées ou de vaches qui n'ont pas la frite ;des signes de chaleurs (voir ci-dessus) ;
–des bêtes qui manifestement ne sont pas allées manger. Ce qui n'est pas toujours facile à voir. « Une vache doit faire 10 à 12 repas dans la journée » ;
– On jette un œil attentif aux vaches qui restent debout et qui ne font rien… Ce n'est pas très normal de les voir ainsi. En effet, une vache est toujours occupée : elle se déplace, elle mange ou elle se couche pour ruminer.
En été, lorsque les vaches sont au prè : « On essaye de porter attention aux vaches qui sont apparues un peu suspectes le matin. Celle qui n’a pas bien mangé son concentré ; celle qui vient de baisser en lait. » Pour celles-ci, Jan Hulsen conseille, dans son livre, de « leur mettre un licol ou tout autre signe distinctif ». Ce qui permettra de les repérer au premier coup d’œil et de les observer tout au long de la journée.
A d’autres moments, ce sont des meuglements inhabituels qui diront que quelque chose ne va pas. Il faut distinguer les beuglements d’une vache et ceux de tout un troupeau. Pourquoi ça meugle ? Dans le premier cas de figure, peut-être que la vache manifeste son mécontentement parce qu'on vient de la séparer de son veau né dans la prairie sans s’en rendre compte ?
A Poisy, on se rappelle du jour « où à peine arrivées, dans la parcelle, les vaches se sont mises à meugler et à courir dans tous les sens ! C’est peut-être un rat ou un renard qui leur a fait peur ? » Il y a aussi des jours où le troupeau gueule et refuse d’entrer. « Elles s’arrêtent. Elles se bloquent. Souvent parce qu’elles savent qu’il n’y a plus grand-chose à manger dans cette parcelle. »
Ainsi, les vaches nous envoient des messages. Savez-vous les observer, les comprendre et y répondre ? Il faut en tenir compte. Ce sont elles qui ont raison. Et, même si on ne les comprend pas toujours, il faut rester un observateur attentif et perspicace. Le livre « Signes de vaches » peut vous y aider.

Marc Juan

Les chaleurs

Un cycle de fertilité dure de 18 à 25
jours (21 en moyenne). L’observation demande de la patience : 30 minutes deux fois par jour sont parfois plus efficaces que trois fois 20 minutes. Environ 60 % des chaleurs se manifestent la nuit. La moitié des vaches a
un comportement de chaleur (se faire chevaucher par d’autres sans bouger). Beaucoup sont en chaleur pendant
moins d’une demi-journée, 4 heures
parfois. Les taureaux ou les vaches en
fin de gestation sont utiles pour détecter les vaches en chaleur.


Les signes des chaleurs

Pour évaluer les chaleurs, on se servira de la liste suivante et on comptabilisera les points. Si une vache obtient 50 à 100 points dans les 24 heures, elle est très probablement en chaleur. Au-delà, c’est presque certain. La vache doit être inséminée 12 heures après cette conclusion.

1. Les vaches avec un taux élevé d’œstrogènes se rapprochent souvent d’autres vaches en chaleur. Parfois elles manifestent aussi un comportement de chaleur. Il s’agit des vaches à mi-cycle (10 à 12 jours après la chaleur), en fin de gestation ou des animaux avec des kystes ovariens.

2. Poser le menton sur la croupe d’une autre vache est un mouvement d’intention de la chevaucher. Ce comportement est un signe de chaleur.

3. La vache chevauchée s’en va : l’autre est probablement en chaleur.

4. La vache chevauchée, en chaleur, ne bouge presque pas.

5. L’utérus et les ovaires donnent aussi des indications sur la chaleur, mais la palpation par voie rectale est délicate. On constate que l’utérus se contracte lorsqu’on le touche. Des glaires transparentes et filantes s’écoulent de la vulve. L’un des ovaires (rarement les deux) contient un grand follicule. Après l’ovulation, l’ampoule rompue est perceptible.

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