Dix agriculteurs ont eu cette idée folle de publier un livre sur leur métier … d'agriculteur.
« 24 janvier. Il gèle ce matin. Le vent de Sibérie a glacé la nature, même les flaques d'eau d'hier craquent sous mes pieds. J'aurais dû me lever encore plus tôt ce matin. Les quelques pas qui me séparent de la bergerie me semblent longs.[…] Je retiens mon souffle : que vais je trouver sur la litière, par cette température ? » Quelques mots. Quelques phrases et déjà l'on vit l'instant avec Dominique, éleveur en Haute-Normandie. Dominique Jacob fait partie de ce groupe de dix ruraux qui ont eu ce projet passionnant d'écrire leur livre. « Pour expliquer ce qu'est notre réalité, ce qu'est notre métier d'agriculteur. Sans prétention, avec un regard positif », explique Emmanuel Pinchon, éleveur-écrivain lui aussi.
Ecrire sur son métier
« Écrire son histoire professionnelle reste quelque chose d'assez méconnu. Or, c'est important », note Philippe Chenot, animateur d'atelier au sein d'Aleph Ecriture* et parti prenante de l'aventure. Cela permet de se construire une identité professionnelle et de faire connaître son métier à l'extérieur. C'est aussi un outil pour capitaliser de l'expérience, du savoir et du savoir-faire dont on perd la trace avec le temps. « Mais il faut que ces textes circulent. Il faut publier, ne serait-ce qu'un fascicule photocopié. » Et pourquoi pas, ensuite, tenter la grande aventure du livre… Cela demande, bien sûr, un engagement supérieur « Il y a tout un travail de réécriture, car l'on est plus exigeant sur la qualité des textes ».
Ecrire un livre. Raconter son métier. Dire aux autres ce que l'on sait. Seriez vous tenté ? « Tout le monde sait écrire. Malgré tout, au départ, il y a un peu d'inquiétude. Serai-je à la hauteur ? », raconte Philippe Chenot, animateur d'atelier au sein d'Aleph Ecriture*. Rassurez-vous, tout se passe en douceur. « On se retrouve à 10 ou 12 personnes, autour d'une table, dans un lieu convivial. » L'animateur lit un texte, propose une écoute « inattentive » avant d'émettre des propositions d'écriture. Puis chacun prend sa plume. Les textes, courts ou longs, sont, ensuite, lus à voix haute. « Une expérience forte, car l'écriture est un travail intime et personnel. Or, lire ses textes représente une étape supplémentaire ».
Prendre le temps
C'est aussi s'autoriser à se donner du temps. « La lenteur de l'écriture permet de penser les choses. On rencontre des gens on partage. Bien souvent, chacun se découvre des qualités insoupçonnées », explique l'animateur. Pourquoi s'en priver ?
NH.
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Publier vous tente ?
Les 13 conseils d'Agnès Gosselin, animatrice du groupe Plume des Champs, Chambre d'Agriculture de l'Eure :
- Organiser un atelier d'écriture avec un petit nombre d'agriculteurs passionnés par l'écrit - Proposer ensuite des rencontres témoignage avec d'autres agriculteurs curieux
- Reprendre tous ensemble l'aventure de l'atelier dans un endroit convivial
- Utiliser l'outil "formation développement" du Programme de Développement Rural (fonds FEOGA) - Rassembler les textes et les lire à voix haute
- Observer ensemble le résultat inattendu et s'apercevoir qu' on a là un trésor
- Former une association
- Rencontrer des professionnels graphiste, photographe, éditeurs, auteurs
- Budgétiser le projet (ici, le coût est estimé à 25 500 euros avec journées de formation, intervention d'animateurs, photos, mise en page, éditions…)
- Fabriquer une prémaquette
- Prendre son bâton de pèlerin et rencontrer des financeurs potentiels. Ne pas se décourager
- Donnez du temps au temps, être patient |