Avec le véto. Un corps étranger sous surveillance

La vache est vêlée depuis six mois et pleine de deux mois. Elle est constipée. Elle a l’air triste et ne mange pas bien. Son ventre est ballonné. Les sachets de « stimulants digestifs » administrés par l’éleveur n’ont pas débloqué la situation…

La vache a été auscultée la veille par le vétérinaire : pas de fièvre, mais un rumen « complètement bloqué ». Silence radio au stéthoscope. Deux hypothèses sont alors émises par le vétérinaire : 

• la présence d’un corps étranger ; 

• le syndrome d’Hofflund. Il s’agit d’une paralysie des nerfs qui assurent la motricité du rumen. Si c’est le cas, l’issue est souvent mauvaise.

Un traitement de première intention est administré : aimant, drenchage (avec électrolytes et laxatif), antibiotique, anti-inflammatoire et antispasmodique.

L’observation du lendemain matin montre une évolution positive : « les bouses sont moins sèches et l’abdomen moins distendu. Quelques contractions sont audibles au niveau du rumen. » La machine semble relancée. Le vétérinaire procède alors à une échographie du réseau. Après un savonnage et une tonte préalable, la sonde est plaquée sous l’abdomen. On peut voir à l’échographe de timides contractions du réseau. Et l’on peut détecter de « la fibrine »: elle apparaît en blanc à l’écran. « La présence de liquide et de fibrine confirme la péritonite ». Un abcès est bien présent. L’hypothèse du corps étranger est hautement probable.

Pourrait-on utiliser un détecteur de métaux, pour diagnostiquer un corps étranger ? « La méthode est souvent pratiquée, mais elle manque de spécificité. Car, si la vache a déjà reçu un aimant, il va sonner de manière intempestive. » On peut craindre aussi des erreurs de diagnostic : « ce n’est pas parce qu’un bout de ferraille est présent dans le tube digestif qu’il occasionne forcément les troubles observés ». De même, le passage d’une barre sous l’avant de l’abdomen permet de mettre en évidence une douleur, mais cela ne suffit pas pour conclure au diagnostic de corps étranger.

Péricardite à surveiller

La vache a bien réagi au traitement de la veille. « Il convient de la maintenir sous antibiotique et de lui administrer des sachets qui stimulent la rumination ». Une visite dix jours plus tard sera utile pour écarter la présence d’une péricardite. En effet, si le corps étranger s’enfonce plus profondément dans le réseau, il peut aisément atteindre le péricarde. Le pronostic vital est alors engagé, même si certains vétérinaires n’hésitent pas à opérer. « Certaines vaches méritent ce risque ». L’opération est complexe et impressionnante… « Il faut ouvrir et retirer un morceau de côte pour atteindre le coeur. »

Le but n’est pas de retirer le corps étranger, il est rarement retrouvé, mais de décongestionner le coeur. En effet, le pus exerce une compression et la vache se retrouve en insuffisance cardiaque. Elle en meurt. «Vingt à trente litres de pus peuvent ainsi être retirés ». Le thorax reste ouvert sur l’extérieur, la cicatrisation est facilitée en appliquant du miel sur la plaie. L’opération réussit dans moins d’un cas sur deux. Mais, plus le cas est récent, mieux c’est.

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