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Nutrition

Stimulation mammaire : le rôle méconnu de la méthionine et de la lysine

Un apport équilibré en lysine et méthionine ne se contente pas de fournir des « briques » pour la protéine du lait. Il prépare la glande mammaire en stimulant la multiplication des cellules sécrétrices et en activant leur programme génétique de synthèse protéique…
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  • Auteur : MJ

Plus de taux, plus de lait, un foie en meilleure santé… Nous le rappelions dans PLM, le mois dernier* : les bénéfices de la méthionine protégée sont nombreux, quand elle est bien utilisée. Si l’on y ajoute la lysine, c’est le moyen de passer un cap supplémentaire, autour des 45 kg de lait. Et, ce n’est pas tout. « Ces deux acides aminés, apportés dès la préparation au vêlage, favorisent le développement du tissu mammaire », ajoute Matthieu Rolland, Vision Lait, en écho à l’article.

Une action sur l’expression des gènes de la caséine

Le nutritionniste se réfère aux travaux de Xuemei Nan (Académie chinoise des sciences agricoles) et de Juan Loor (Université de l’Illinois), en 2014**. En cultivant des cellules mammaires in vitro, en conditions lactogènes, les chercheurs ont testé séparément la lysine et la méthionine à différentes doses.

• Premier constat : à concentration optimale (1,2 mM pour la lysine et 0,5 mM pour la méthionine), chacun des deux acides aminés a stimulé significativement la prolifération cellulaire et augmenté la production de caséine.

• Deuxième constat, et peut-être le plus intéressant : les chercheurs ont démontré que la lysine active fortement l’expression des gènes codant pour différentes caséines et pour la lactalbumine, tout en stimulant la voie « JAK2-STAT5 » (transcription) et la voie « mTOR » (traduction). La méthionine, de son côté, agit différemment : plutôt que d’augmenter la quantité de protéine mTOR, elle en augmente la phosphorylation. Autrement dit, elle active la machinerie de traduction déjà en place. En langage simple : la lysine « construit l’usine et allume les machines », la méthionine « pousse les machines à plein régime ».

Le ratio 3 pour 1 donne les meilleurs résultats

Puis, en testant différents équilibres, les chercheurs ont conclu que « le ratio lysine méthionine de 3 pour 1 produisait le pic de caséine le plus élevé, dépassant nettement les résultats obtenus avec chacun des deux acides aminés pris séparément ». Avec ce ratio optimal, il ressort ainsi :

• que le taux de prolifération de cellules mammaires est significativement supérieur à celui observé avec la lysine seule et la méthionine seule ;

• que l’expression des gènes « CSN1S1 » et « LALBA » a plus que doublé, par rapport au témoin. De même, que la protéine mTOR totale et sa forme phosphorylée (p-mTOR) ont atteint leur niveau le plus élevé.

L’intérêt d’une supplémentation dès la prépa-vêlage

Cette étude, réalisée in vitro, ne constitue pas, à elle seule, une preuve de terrain. « Mais, elle fournit un mécanisme biologique solide pour expliquer ce que les nutritionnistes observent, en élevage ». Ainsi, un apport équilibré en lysine et méthionine ne se contente pas de fournir des « briques » pour la protéine du lait. Il prépare la glande mammaire, en stimulant la multiplication des cellules sécrétrices et en activant leur programme génétique de synthèse protéique. « Cela confirme l’intérêt d’un apport en acides aminés protégés, dès la préparation au vêlage. En effet, si la glande mammaire dispose de davantage de cellules fonctionnelles, au moment où la lactation démarre, la vache a un potentiel de production plus élevé dès le premier jour, en l’occurrence plus élevé en lait et en taux ».

Développement des cellules épithéliales mammaires, selon la supplémentation en acides aminés, d

Développement des cellules épithéliales mammaires, selon la supplémentation en acides aminés, d'après l'étude de Xuemei Nan (Académie chinoise des sciences agricoles) et de Juan Loor (Université de l'Illinois), 2014.

*Référence de l’article : 'Méthionine protégée : un vrai levier, parfois des déceptions… Explication et conseils, pour optimiser l’apport de cet acide aminé souvent déficitaire » PLM n° 564 janvier - février 2026.

**Référence de l’étude : Nan X., Bu D., Li X., Wang J., Wei H., Hu H., Zhou L. & Loor J.J. (2014). Ratio of lysine to methionine alters expression of genes involved in milk protein transcription and translation and mTOR phosphorylation in bovine mammary cells. Physiological Genomics, 46: 268–275.

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