"Une diminution de 26 % des antibiotiques vétérinaires vendus, sur un an"
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- Auteur : MJ
« La quantité d’antibiotiques vétérinaires vendus a diminué de 26 % en un an ». Ainsi, après de fortes baisses des ventes d’antibiotiques vétérinaires entre 2011 et 2021, l’année 2022 constitue un tournant avec la nouvelle réglementation européenne sur les médicaments vétérinaires entrée en vigueur le 28 janvier 20022.
Ces données concernent toutes les espèces animales, animaux d’élevage et animaux de compagnie compris. Elles sont publiées dans le rapport annuel de l’Anses*, « Bilan du suivi de l’antibiorésistance en santé animale et de la vente des antibiotiques à usage vétérinaire » (novembre 2023).
-82 % de prémélanges médicamenteux entre 2021 et 2022
L’agence souligne « une très forte diminution des ventes de prémélanges et d’aliments médicamenteux : - 82 % entre 2021 et 2022 ». Le règlement européen 2019/4, en effet, interdit désormais l’utilisation à titre préventif d’aliments médicamenteux contenant des antimicrobiens et limite leur utilisation en métaphylaxie, c’est à dire sur des animaux sains mais au contact d’animaux malades. « Globalement, il n’y a pas eu de report de l’utilisation des prémélanges vers d’autres types d’antibiotiques puisque les ventes d’antibiotiques ont également baissé ».
-9 % d’animaux exposés aux antibiotiques
À partir de la quantité d’antibiotiques vendus, l’exposition des animaux aux antibiotiques est estimée en prenant en compte la posologie recommandée pour chaque médicament, ainsi que la population de chaque espèce animale : « En France, cette exposition a diminué de 9 % par rapport à 2021 ». Ces traitements étant administrés par voie orale, cette baisse d’exposition est importante, « pour éviter la sélection de résistances non seulement chez les bactéries pathogènes ciblées mais également chez d’autres bactéries présentes dans le système digestif ».
Cependant il existe des différences entre espèces. « L’évolution de l’exposition des animaux aux antibiotiques entre 2021 et 2022 a été de +1 % pour les bovins, -21 % pour les porcs, -12 % pour les volailles, -35 % pour les lapins et -3 % pour les chats et chiens ».
Une diminution générale de l’antibiorésistance
Conséquence des efforts pour réduire l’utilisation d’antibiotiques en médecine vétérinaire : « les taux de bactéries résistantes continuent globalement de diminuer » ; exception faite des équidés, pour lesquels « la proportion de bactéries résistantes aux antibiotiques est en augmentation depuis 2018 ».
En France, le Réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales (Résapath) surveille le développement de résistances aux antibiotiques chez les bactéries responsables d'infections animales. La surveillance concerne les animaux d’élevage et de compagnie. Il est piloté par les laboratoires de l’Anses de Lyon et de Ploufragan-Plouzané-Niort.
Le Résapath repose sur la participation de laboratoires d’analyses vétérinaires, qui transmettent les résultats des tests de résistance aux antibiotiques (antibiogrammes) réalisés à la demande des vétérinaires praticiens. « Cette année, 108 laboratoires ont participé au suivi, contre 103 l’année précédente. » Depuis 2018, l’Anses coordonne une initiative pour développer un réseau européen de surveillance de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries pathogènes des animaux,
appelé EARS-Vet.
Mieux évaluer l’origine des bactéries résistantes
Pour mieux évaluer le rôle des animaux dans la transmission aux êtres humains de bactéries résistantes aux antibiotiques, l’Anses a élaboré une liste de couples bactérie/famille d’antibiotiques, à surveiller, en priorité chez les animaux de production et de compagnie « du fait de leur risque majeur pour la santé humaine ». Cette liste vise à mieux évaluer le rôle des animaux dans la transmission de bactéries résistantes aux êtres humains. Cinq couples bactérie/famille d’antibiotiques y sont classés hautement prioritaires :
• Enterobacterales résistantes aux carbapénèmes ;
• Enterobacterales résistantes aux céphalosporines de 3ème et 4ème
générations ;
• Staphylococcus aureus résistants à la méticilline ;
• Enterobacterales résistantes aux fluoroquinolones ;
• Enterobacterales résistantes aux polymyxines.
Attention aux aliments et animaux importés
L’Agence appelle également à élargir la surveillance des bactéries résistantes aux antibiotiques dans les denrées alimentaires, en incluant les produits d’aquaculture et les animaux de production vivants en provenance de pays hors de l’Union européenne. En effet, si la transmission des résistances bactériennes entre les animaux et les humains est contrôlée en France par diverses mesures (biosécurité dans les élevages, bonnes pratiques d’hygiène dans les cliniques vétérinaires...), « les importations pourraient favoriser l’introduction, sur le territoire, de bactéries portant de nouveaux gènes de résistance, voire de bactéries multirésistantes ». Ces bactéries constituent un danger majeur pour la santé publique en raison des impasses thérapeutiques auxquelles elles peuvent conduire.
*Anses : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire